ITER : beaucoup de retards et trop de surcoûts

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Remis sous le feu des projecteurs pendant les élections régionales, le projet ITER n’a pas fini d’être critiqué. Cher, polluant et peu concluant, ce projet ambitieux de fusion nucléaire voit son avenir s’assombrir.


Source : L'Epansion.com - mardi 11 mai 2010 09:12 - http://energie.lexpansion.com

Voir le réseau Sortir du Nucléaire et l'association Médiane.

 

 

 


Une immense plateforme de 90 hectares rasée et viabilisée a remplacé notre belle forêt domaniale de Caradache. Cette plateforme, qui représente 4 fois les besoins spatiaux d'une centrale nucléaire, servira de base de construction au projet ITER. En plus de détruire le paysage provençal, "l'enfant-ITER" coûte cher et accumule les retards : l'aménagement des 100km de route et de piste pour acheminer les composants ITER de Berre à Cadarache n’est toujours pas terminée. Coût du chantier : 110M€ au lieu des 82 millions€ initialement prévus, dont 72 millions€ payés par le Conseil général des Bouches-du-Rhône ! On laisse l’Etat financer le surcoût, et on ferme les yeux sur le renvoi du premier convoi test à l'année prochaine. Pire encore : ITER coûte aussi cher à l'Europe qui doit assurer la construction des bâtiments.

Il est ainsi prévu de construire 39 bâtiments d’un volume total de 750 000 m3 avec un bâtiment principal de 253 mètres de long sur 46 de large et 19 de haut. Le hall du tokamak devrait ainsi s'élever à 60 mètres au dessus des fondations et peser la bagatelle de 23000 tonnes... à quoi s'ajouteront des hangars d'assemblage et de préparation pour les aimants, ceux pour les éléments de surface, les outils robotiques, des laboratoires, des locaux de réparation...Il faudra ainsi 350 000 m3 de béton, 840 tonnes de charpentes métalliques, 850 tonnes d'armatures etc. La fabrication des structures du réacteur nécessitera quant à elle 10.000 tonnes d'aciers refroidis à moins 269 degrés et environ 130 tonnes de nobium-étain par an sur les trois ans à venir, alors que la production mondiale de cet alliage n'est encore que d'une tonne par an ! Faudra t-il 390 années pour avoir la quantité d’alliage nécessaire? Et même si cet alliage est, paraît-il, plus performant que l'alliage nobium-titane (même si personne de l'a encore mis en place...), son prix en vaut-il la chandelle?

Emploi : des résultats qui laissent à désirer


En rempart aux critiques sur le coût exorbitant du projet, les responsables d'ITER vantent la manne d'emploi qu'il représente. Le journal d'ITER France ose même titrer : « Economie et emploi, une bonne pioche pour la région » alors que seules 500 personnes y travaillent actuellement. Un chiffre ridicule lorsque l'on sait que 300 appels d'offre ont été émis depuis le début des travaux et 382 millions€ ont déjà été injectés dans ce projet nucléaire... Nous sommes donc très loin de la centaine de milliers d’emplois initialement annoncée ! Même les élus PACA, qui ne juraient que par ITER à son lancement, commencent à douter des bienfaits de ce projet. Michel Vauzelle, Président socialiste du conseil régional, déclarait en mars : « nous ne donnerons pas plus d’argent pour la machine » ! Il faut dire que ses alliés Verts commencent à rouspéter... car le projet ITER vide les caisses : son coût s’élève à 467 millions€ pour la région PACA (conseil régional, conseil général et communauté du pays d’Aix)

Un futur de plus en plus lointain

Quant à l'exploitation, si exploitation un jour il y a, la facture initiale de 5 milliards € explosera également. La première expérimentation était prévue pour 2016, reportée à 2018, pour finalement être renvoyée à un nouveau calendrier devant être établi en février. Nous sommes en mai et nous n’en savons pas plus. Et ce, malgré les nouvelles nominations (1) aux têtes des agences française et européenne ayant pour objectif principal d'accélérer les travaux d'excavation ayant pris un an de retard!

Une question nous brûle les lèvres : avec tous ces retards, l’Europe soutiendra t-elle encore le projet ITER ?

Les 6 partenaires internationaux (Chine, Corée, Etats-Unis, Inde, Japon, Russie) seront-ils prêts à rallonger leur participation financière pour un projet si peu abouti, voire déjà même obsolète, et dans le contexte actuel de la crise financière ? S’engageront-ils à financer tout dépassement de coût pour toute la durée du projet ? ……Rien n’est moins sûr.

En outre, nous apprenions en février 2010 que des chercheurs américains travaillant sur la fusion par confinement inertiel - autre voie de recherche sur la fusion nucléaire - auraient réussi «à franchir pour la première fois la barrière d’un mégajoule avec plus de 111 millions de degrés Celsius, en concentrant des rayons laser de grande puissance dans un tube pas plus grand qu’un taille-crayon, rempli de deutérium et de tritium». Un résultat qui pourrait être fatal à ITER, surtout lorsque l'on sait que l’enquête publique pour la création de l’Installation Nucléaire de Base (INB) ITER n’a toujours pas eu lieu et qu'aucune date n’est avancée à ce jour.

Il est en effet difficile pour la collectivité de lancer cette enquête en l'absence de calendrier et en ne connaissant ni le coût final du projet, ni ses techniques de fabrication!

Une enquête publique est par contre prévue en juin 2010 en vue du raccordement d’ITER à la ligne d’alimentation électrique Boutre-Tavel. Si pour nous ITER ne produira jamais d’électricité, nous savons d'ores et déjà qu'il en consommera énormément : 600GW/h par an et ceci pendant ses vingt années de fonctionnement, soit environ la consommation annuelle d’une ville de 100 000 habitants ! Sans compter ses importants besoins en eau : 1,5 millions de mètres cubes par an...

Un gigantesque désastre écologique ?

ITER n’est pas du tout le projet nucléaire propre que l'on essaye de nous vendre : le réacteur expérimental, s’il venait un jour à fonctionner, laisserait plus de 33 000 tonnes de déchets rendus radioactifs pour une expérience de 6 minutes aux chances de succès quasi nulles. De plus, même si l’expérience arrivait à terme et se montrait concluante, ce qui est peu probable, des réacteurs de type industriel utilisant la fusion ne pourraient voir le jour avant la fin du siècle... et ce serait évidemment bien trop tard. L’empreinte écologique du réacteur ITER (construction et démantèlement) serait monumental ! On se trouve bien ici à l’opposé des projets sobres en énergie, respectueux de la planète, que seront nécessairement les vrais projets d’avenir.

Une consolation cependant : les très préoccupants rejets massifs de tritium, ce radionucléide dangereux qui la fâcheuse propriété de fuir quel que soit la nature du récipient qui essaie de le retenir, ne seront pas pour demain. Il serait donc sage d’arrêter là les dégâts et d’orienter ces sommes d’argent colossales vers de vrais projets d’avenir. L’énergie gratuite et à volonté n’existe pas, ne nous illusionnons pas : nous n’avons d’autre choix que d’économiser l’énergie et de cesser le gaspillage.

(1)En décembre 2009, Jérôme Pamela était nommé directeur de l'agence ITER-France pour remplacer François Gauché en poste depuis octobre 2006, et, au niveau européen, c'est le britannique Franck Briscoe qui a remplacé le français Didier Gambier à la direction européenne d’ITER ( Fusion for Energy).